de tout, de rien, pas tous les jours.
on en était à "j'ai la trouille"
avant d'en arriver là
il y a donc eu
une émission de radio
un envoi de mail
et la validation de ma participation
fin janvier 2024
sans doute c'était Tony Estanguet que j'avais entendu parler
je me lance de défi
peu d'entrainements donc
que c'est dur, courir
je n'ai pas fait ça depuis quoi, trente ans ?
des basquettes (noires)
un kaway encourageant (marathon)
la trouille
et la joie d'y aller
le jour J
sortir du nid, sac au dos, tiche Monte Cristo, basquettes,
short avec petite bande réfléchissante sur le côté
l'impression bizarre de sortir en pij' de chez moi
d'habitude, le sport c'est dans l'eau, ou à vélo
je ne sors pas habituellement "en tenue"
sortir du métro
Rivoli désert, c'est à dire piéton, silencieux
retrouver des amis au bar, la team supporters
boire mais pas trop
manger des pâtes
attendre joyeusement
se mettre en chemin
laisser son sac aux supporters qu'on retrouvera à l'arrivée
prendre le minimum
téléphone
carte de métro
clefs
présenter son QR code pour entrer dans le sas
refaire ses lacets (on en causera)
attendre
écouter ceux qui blaguent
ceux qui l'ont déjà fait
ceux qui disent "c'est pas sur une course comme ça que tu bats ton record"
ceux qui ont l'air d'être chez eux
impression bizarre de ne pas être tout à fait là
je n'ai pas d'entrainement
pas de référence
je ne sais pas ce qui va se passer
SMS d'une amie qui me dit "je serai au virage, rue de Rivoli, tiens ta droite"
ça me remet là, ça me met en joie
j'ai hâte
à l'heure dite, fermeture du sas
23h50
avancer vers la ligne de départ, ça semble encore loin
musique forte, gens qui chantent dans un micro
échauffement
sautiller sur place en rythme
j'avais pris un tour de cou, au cas où il ferait frais
inutile, chaleur à crever
minuit 20, départ sas 6
je ne sais pas si ça part vite ou pas
suivre, courir avec les autres
premier kilomètre
plein de monde le long du parcours
tout est joyeux
souriant, chaleureux
de chaque côté de la rue, des gens qui crient, applaudissent, encouragent
incroyable
presque suffoquant
tant de joie
tant de chaleur
tant de gens
pas de souvenir d'avoir vu ça ailleurs
victoire de 98 peut-être
juste avant la fin du premier kilomètre
croiser comme convenu l'amie du SMS
à l'angle Rivoli et rue du Louvre
coucous et cris de joie
joie de la voir
sourire
(on le voit sur la vidéo qu'elle m'envoie ensuite !)
deuxième kilomètre
kiff de courir dans la ville comme endormie
la nuit
les lumières
les encouragements
Paris est calme
malgré la foule
Paris comme éteint
pas un bruit de voiture
juste des cris de joie, des encouragements
le bruit un peu feutré des coureurs sur les pavés
troisième kilomètre
un groupe de musique
jolie ambiance
des gens qui chantent
doubler et se faire doubler
tenir le rythme
il y a des hommes
des femmes
un monsieur âgé
un gars déguisé en mouche
un autre en pharaon
un qui pousse une fillette en fauteuil
tourner rue de la Paix vers la place Vendôme
la colonne au fond
punaise c'est beau
la borne du kilomètre 3 est sur la place
pas le temps de regarder les vitrines
quatrième kilomètre
des bénévoles et de la sécurité sur tout le parcours
comme une présence rassurante
comprendre que la sécu n'a pas le droit d'encourager les coureurs
certains coureurs leur lancent de grands "merci !"
les sourires en retour
la joie de tout ça
c'est dingo
c'est foudingue
comme un feu d'artifice dans tout le corps
la force dégagée
au bout de la rue, tourner à droite le long des Tuileries
non
à gauche (décidément)
la flamme, dans son ballon
qui nous regarde
certains prennent des photos
je commence à m'essouffler un peu
(non parce que là je raconte ce que je vois, mais en attendant, je cours)
cinquième kilomètre
traverser la cour du Louvre au niveau de l'arc du Carrousel
la flamme
je ne l'avais pas vue d'aussi près, pas en l'air
ressortir des Tuileries et longer le jardin
de la musique
du ravitaillement
un long stand, des tables avec des gobelets d'eau
des trucs à manger je crois
ça commence à tirer
je me dis que ça doit pouvoir passer
pas d'eau pour moi
sixième kilomètre
c'est long ce jardin
sur le plan ça semblait pas si long
ça gamberge
penser à ceux partis deux heures avant nous pour le marathon, le vrai
dinguerie ce truc
les chaussures qui commencent à serrer (tu te souviens, les lacets...)
se dire que c'est qu'une heure
tout le monde m'a dit que je pouvais
que je saurais
qu'il n'y aurait aucun problème
j'y ai cru
comme si...
ça commence à être rude
place de la Concorde
premier tunnel, chaleur à crever
toujours des gens au bord des rues, accoudés aux rambardes
"bravooooo ! c'est magnifique ce que vous faites !!!"
ça ta galvanise, un truc comme ça
septième kilomètre
longer le Grand Palais, je crois ?
ça commence à être long, vraiment
peut-être que je suis partie trop vite ?
je n'ai pas idée
regarder la montre pour savoir depuis combien de temps le départ
ça n'a pas de sens : j'ai marché jusqu'au départ, j'ai déclenché sans doute avant
il est tard
il fait chaud
tout dort d'habitude à cette heure là
une dame dit à son compagnon "oh, regarde, la Tour Eiffel !"
relever le nez de la route
juste à temps
elle scintille
quelques secondes
grâce à cette dame
petit moment de poésie, c'est joli quand ça clignoutte
ça met du baume au coeur
on s'encourage comme on peut
il est une heure du matin
deuxième tunnel
descendre, ça c'est dur,
puis remonter
se faire doubler par deux messieurs en fauteuil
relativiser aussitôt sur un genou douloureux
et les pieds qui commencent à être vraiment serrés
(les lacets, mauvaise idée)
traverser la Seine
enfin
huitième kilomètre
intérieurement se dire que c'est bientôt la fin
il reste 3 kilomètres à faire
il est question de croiser quelque part après le pont la team supporter
relever le nez
faire bonne figure
courir pour celles et ceux qui pensent à moi
gamberger encore un peu
grogner intérieurement qu'une heure de nage c'est quand même plus sympa
mais quand même
Paris pour soi, c'est beau
neuvième kilomètre
rejoindre les coureurs du marathon au niveau de leur kilomètre 40
40
quarante
quel truc
ça semble fou
respect indicible
admiration folle
ils ont du ravitaillement
pas nous
les lignes sont séparées
barrières de police, comme pour une manife
des bénévoles apportent de l'eau à notre ligne, coeur sur eux !
j'aurais dû boire au premier stand, celui que j'ai snobé au kilomètre 5
le verre est plus que bienvenu
je n'ai pas (encore ?) vu la team supporter
les gens continuent d'applaudir et d'encourager
partout
chacun
c'est fou
les marathonien font un petit tour de plus,
la ligne d'arrivée est commune
un groupe joue "the final countdown"
impression que le truc me donne des ailes
je vois la "flamme" indiquant 1heure accrochée sur un coureur-lièvre
c'est mon objectif secret
en vrai je n'ai couru qu'une fois 10 km, en 1h10
je me rends compte (hors d'haleine) en voyant le lièvre
devant
à quel point c'était ambitieux
pas ambitieux, présomptueux, sachant le peu d'assiduité à l'entrainement
on a beau nager un peu
aller au bureau à vélo
courir 10 km ça ne s'improvise pas
je commence enfin à comprendre
que c'est long
je ne regarde plus la montre
je me souviens de la carte, je vois à peu près le parcours
je me dis qu’après l'indication KM9, il ne restera plus qu'un kilomètre
logique imparable
ce serait drôle d'avoir un enregistrement du "dialogue intérieur"
ces moments où on se dépasse
au moment de tourner sur le boulevard des Invalides
être de nouveau à côté du monsieur qui pousse la fillette en fauteuil
elle est habillée en fée, elle sourit
un grand "vas-y Mirabelle, cours" juste derrière moi !
je me retourne, kangourou, je souris
la team supporter
là où j'en avais besoin
continuer jusqu'au bout
dernier kilomètre
plus qu'un
le plus long assurément
toujours des encouragements
toujours du monde
tout le long du parcours
tout le long
j'ai perdu le lièvre et sa flamme "1 heure" depuis un moment
douleurs : le genou, le talon d’Achille, les cous de pieds
marcher un peu, repartir
retrouver les marathoniens
impression qu'ils sont plus frais que moi
eux qui sont partis au moins deux heures avant
je ne sais pas quelle heure il est
je me demande dans quoi je me suis embarquée
je sais que je cours quand même
chaque pas est douloureux
genou droit, cheville gauche
genou droit
cheville gauche
souvenir d'un genre d'arche, puis encore un petit 200 m ou quelque chose comme ça
la ligne d'arrivée, en courant, en trottinant
du mieux possible
punaise c'est rude
marathon à droite, 10km à gauche
un genre de gling gling
le métal des médailles qui s'entrechoquent au bras des bénévoles
comme des clochettes au cou des chèvres
chacun une médaille
un sourire
un bravo
le ravitaillement ensuite
sans doute à manger, mais surtout : de l'eau !
des gens par terre
des gens debouts
des gens au bout
beaucoup de monde
sentiment de vide et de plénitude mélangés
faire partie de ça
souvenir pour toujours
corps douloureux
et cou une médaille
retrouver la sortie
un escalier semble un obstacle d'un nouveau genre
rejoindre le taxi
j'ai mal partout et je suis ravie
quel truc
non mais quel truc
quelle aventure
quelle organisation aussi
j'ai repensé aux personnes qui ont préparé les enveloppes :
un dossard et quatre épingles à nourrice
40 048 dossards
120 172 épingles
au bout
1 heure 6 minutes 23 secondes
prévoir de faire mieux la prochaine fois
sinon, la rentrée, ça se passe ?